Il faut rappeler un peu d’histoire : le traité de Tordesillas signé en 1494 institue une ligne de partage des terres découvertes entre l'Espagne et le Portugal. La couronne d'Espagne organise un régime qui soumet les Indiens considérés comme des êtres inférieurs au tribut et au travail obligatoire. Les colons peuvent utiliser à leur profit ce système, l'encomienda, qui leur permet de disposer d'une main-d'oeuvre gratuite pour exploiter leur domaine.
En réaction, les ordres religieux développent une nouvelle manière d'évangéliser les Indiens : maîtrise et promotion des langues indigènes, étude et préservation des coutumes locales, mise en place d'une organisation sociale et le progrès économiques de communautés autochtones. Regroupant les Indiens autour de leurs monastères, ils les protègent des excès de l'encomienda, et les sédentarisent.
Dès leur arrivée au Pérou, en 1566, les jésuites s'inscrivent dans cette manière de faire. La devise de la Compagnie : Ad majorem Dei gloriam « Pour une plus grande gloire de Dieu », explique la diversité des tâches auxquelles s'adonnent les Jésuites. Dans des lieux incroyablement isolés, ils développent le système des "réductions". Ce mot fait référence à la tentative de regrouper dans un même lieu une population indigène (sous l’autorité de deux pères Jésuites), de les réduire ainsi à la vie civile, dans le but de les évangéliser et de les éduquer, tout en les protégeant de l’esclavage. Ces unités se concentrent dans la région de Missiones, à la frontière brésilenne et paraguayenne.
Voltaire qualifiera cette expérience de « triomphe de l’humanité semblant racheter la cruauté des premiers conquérants »
![]() |
| Emblème Jésuite |
Les Indiens travaillent à mi-temps au profit de leur famille, à mi-temps pour le bien de la collectivité. Cette production collective facilite le développement d'oeuvres d'intérêt commun comme l'assistance sociale auprès des plus démunis Elle facilitera la production artistique et religieuse que nous avons pu admirer dans la Manzana Jesuitica de Cordoba.
L'administration, transposée du modèle espagnol, est assurée par les Indiens eux-mêmes Afin de se défendre contre les incursions des Portugais chercheurs d'esclaves les milices indiennes des réductions ont reçu l'autorisation de posséder des armes à feu.
Au 17ème et 18ème siècle, les Jésuites regroupent plus de 100 villages indigènes depuis le sud du Brésil actuel, la Bolivie, l’Uruguay, l’Argentine, le Paraguay, la Colombie et le Vénézuela.
Dans la région de Cordoba, pas de « missions », mais des estancias qui « alimentent » au sens propre la ville de Cordoba et lui fournissent ses richesses.
![]() |
| Plan type d'une estancia |
En premier lieu, Alta Gracia, classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, dont le propriétaire entre dans l’ordre jésuite en 1643, et lui fait don de sa propriété.
![]() |
| L'Eglise d'Alta Gracia |
![]() |
| La cour intérieure |
Elle devient alors une grande ferme qui apporte un soutien financier aux prêtres de Cordoba grâce à son élevage, ses cultures et ses industries. En 1767, elle comptera 16.000 têtes de bétail, des ateliers de tissage, des fourneaux à briques, des fabriques de savon et quelques moulins
![]() |
![]() |
| La forge |
![]() |
| La salle à manger commune |
Une réalité dérangeante cependant, dans le fonctionnement des estancias … Ici, comme dans les missions, les indiens sont considérés avec bienveillance, mais le travail est exécuté également par des esclaves noirs, achetés aux premiers conquistadors, ou aux trafiquants d’esclaves…Ils sont considérés comme des «biens», sans droits particuliers. Il y en avait environ 300 à Alta Gracia
![]() |
| l'intérieur de l'Eglise |
Dans le petit village d’Alta Gracia, nous serons confrontés également à une actualité plus récente. Nous visiterons la maison où vécut Ernesto Guevara de 1932 à 1943. En effet, il souffrait d’asthme et ses parents durent abandonner Buenos Aires pour une ville possédant un climat plus favorable.
On y verra beaucoup de photos du « Che », enfant et adulte
Des photos et bulletins de classe, souvenirs de ses années d’études en tant que médecin puis chirurgien
Une réplique de la moto qui servit à son expédition sud-américaine
Et des lettres échangées tant avec ses enfants qu’avec Fidel Castro, notamment celle où il lui explique les raisons pour lesquelles il souhaite abandonner ses fonctions officielles à Cuba pour aller en Bolivie, aider la révolution qui lui sera fatale
Plus léger, si l’on veut… Ici a vécu et est décédé également Manuel de Falla, compositeur espagnol né en 1876 en Espagne, compositeur notamment de la « Danse du Feu » .
Pendant son séjour en France de 1907 à 1914, il est ami avec Debussy, Albéniz et Ravel. Il quittera son pays natal l’Espagne, en direction de l’Argentine, en raison de son opposition à la dictature franquiste



















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire